Petit guide de la relation clients à l’usage des traducteurs

Soyez polis et constructifs

Lorsque quelqu’un vous fait une proposition, répondez toujours poliment. Même si votre client a déjà décidé de vous payer en dessous des standards humainement acceptables, ne répondez pas en l’insultant. Premièrement, la personne qui vous contacte n’a probablement aucune idée des tarifs pratiqués ou du temps qu’il faut pour traduire 2 500 mots, deuxièmement, elle n’est pas responsable du budget : la gestion des traductions en entreprise est souvent confiée à des personnes qui n’y connaissent rien. Faites preuve de pédagogie et expliquez pourquoi un tel prix – ou un tel délai – ne sont pas réalistes, proposez des solutions (ce qui vous permet au passage d’en savoir plus sur les besoins et projets de l’entreprise), faites quelques exemples. Cette fois-ci, vous ne travaillerez pas ensemble, mais il se peut que, après avoir fait le tour des mauvais traducteurs (lorsqu’on est mal payé, on finit toujours par mal travailler, c’est mathématique), ils reviendront vous voir. Votre courriel servira aussi à votre interlocuteur pour expliquer à son responsable pourquoi il n’arrive pas à trouver un traducteur de qualité qui accepte de travailler à ces tarifs. Peut-être allez-vous être contacté lors de l’allocation du budget trimestriel suivant, quand le client aura compris que oui, même pour la traduction, il faut s’informer sur les prix AVANT de décider le budget.

Ne marchandez pas

Vous avez décidé votre tarif au mot en vous basant sur la difficulté du texte et sur votre temps de production (estimation du montant que vous voulez gagner par mois divisé par le nombre de mots moyen que vous pensez pouvoir traduire par jour, plus un pourcentage pour couvrir les risques d’inactivité et les frais de formation). Cette décision a donc été longuement pondérée, vous avez une idée précise de la valeur de votre travail et des conditions qui vous permettent de rendre un texte de bonne qualité. Cela veut dire que, à la limite, vous pourrez accepter de baisser votre tarif de un ou deux (voire trois) centimes, si le projet ou le client vous intéressent – ou si cela fait plusieurs semaines que vous n’avez pas mangé de la viande. Personnellement, les traducteurs qui commencent une conversation téléphonique en demandant 0,30 euro le mot parce que « la traduction est un art » et qui finissent par affirmer qu’ils sont prêts à accepter un tiers du tarif annoncé « si il y a beaucoup de travail », je ne les retiens pas. Le fait est que, si vous baissez tellement vos prix, cela suppose que vous allez devoir travailler plus vite, ou plus mal, ou les deux, ou que vous n’avez aucune idée de votre valeur professionnelle. De plus, nous savons tous que travailler sur un gros volume à un prix cassé est le meilleur moyen de perdre les occasions de travailler à des tarifs plus intéressants, car on ne peut pas satisfaire plusieurs clients à la fois. Une autre erreur commune est de proposer un tarif très bas pour accaparer un nouveau client, en vous disant que vous allez graduellement augmenter les prix une fois qu’il sera tombé dans votre filet. Détrompez-vous : si vous commencez à 0,06 euro au lieu de 0,14, vous restez à 6 centimes pendant des années. Le seul effet obtenu sera de faire savoir à votre client qu’il peut trouver le même tarif ailleurs dès qu’il vous trouvera trop chers. Décidez un tarif et ne vous en écartez pas trop : si votre décision est prise en connaissance de cause et que vous êtes sûrs de vous, vous arriverez à travailler à vos propres tarifs. Ou vous vous retrouverez assistant(e) de direction trilingue, mais sans avoir à rougir de votre salaire.

Tâchez de sembler intelligents

Normalement, outre posséder une excellente culture générale, un traducteur doit être intelligent et minutieux.

Lisez bien les e-mails jusqu’au bout, montrez que vous avez compris les instructions et suivez-les (délai de livraison, format, glossaires, contraintes, etc.). Cherchez bien la réponse avant de déranger votre client : il n’y a rien de plus énervant et de plus angoissant (car cela fait douter des capacités de votre prestataire) que de trouver la réponse à la question d’un traducteur en cinq minutes sur Wikipédia. Avant de poser une question terminologique à votre client, assurez-vous qu’elle vraiment très pointue et que vous avez contacté tous vos amis et connaissances pour trouver une solution. Normalement vous devriez avoir au moins un ou deux mots à proposer, ou du moins être en mesure d’expliquer vos démarches et pourquoi vous n’avez pas trouvé le mot incriminé. Je vous rappelle que vous êtes censés accepter seulement des traductions dans des domaines que vous maîtrisez, c’est pour cela que l’on vous paye si cher.

En revanche, si vous remarquez des incohérences, demandez au client d’éclairer votre lanterne : cela veut dire que vous comprenez ce que vous êtes en train de traduire, et en plus vous donnez au client la possibilité de corriger son texte de départ.

 

Soyez magiciens

Un mauvais texte source n’est pas une excuse pour rendre une mauvaise traduction. Le bon traducteur, tel le roi Midas, transforme la merde en or, ou plus poétiquement, sait deviner à travers les lignes les réelles intentions de son client et créer un texte qui mette en valeur son idée originelle, aussi banale ou farfelue soit-elle. Il est possible de faire part des difficultés rencontrées pour expliquer ses choix stylistiques, mais vous comprenez tous qu’on ne peut pas dire à un auteur que son texte est écrit avec les pieds. À la limite, il vous a donné « l’occasion de vous surpasser ».

Soyez efficaces et rassurants

Accusez toujours réception des documents ou des courriels en répondant, même brièvement, tenez le client au courant de vos progrès et faites savoir que avez pris note de la dernière information (lors de projets complexes) mais, surtout, annoncez les éventuels retards de livraison le plus à l’avance possible, pour que votre client puisse s’organiser. Posez vos questions pendant la traduction (le mieux c’est d’avoir fini le premier jet, car il arrive de trouver un terme alors que l’on en cherchait un autre) et non au moment de la livraison. Montrez que vous êtes concentrés sur le boulot et que vous vous occupez de tout. Et, surtout, ne râlez pas. Personne n’aime travailler avec les gens désagréables.

Soyez professionnels jusqu’à la fin

N’envoyez pas votre facture en même temps que la traduction : laissez le temps aux clients de juger de sa qualité et de vous poser, éventuellement, des questions, ou de vous demander d’apporter des modifications. Un peu d’humilité et d’élégance. La présentation aussi est importante : pas de factures en format Excel ou Word. Une facture, c’est un document officiel, non éditable, donc un PDF (pas de numérisation de facturier rempli à la main non plus, de grâce : normalement un traducteur sait utiliser un ordinateur). Attention aussi aux fautes d’orthographe dans les factures et à bien inclure toutes les mentions obligatoires. N’oubliez pas que chaque facture doit avoir un numéro de référence unique et suivre une succession chronologique.

Enfin, un petit mot de remerciement lorsque vous recevez le règlement de votre facture est toujours le bienvenu. Pensez à communiquer aussi bien lorsque vous êtes satisfaits que lorsque vous ne l’êtes pas : qui sait, votre client pourrait en prendre de la graine et décider de vous dire, pour une fois, combien il a été ravi de collaborer avec vous.

5 comments

  • flavia

    très très bien écrit et très utile. Merci et félicitations.

  • « Soyez magiciens

    Un mauvais texte source n’est pas une excuse pour rendre une mauvaise traduction. Le bon traducteur, tel le roi Midas, transforme la merde en or, ou plus poétiquement, sait deviner à travers les lignes les réelles intentions de son client et créer un texte qui mette en valeur son idée originelle, aussi banale ou farfelue soit-elle.». »

    On ne parle plus d’une traduction dans ce cas. C’est un travail de réécriture et les tarifs ne sont pas les mêmes. Un mauvais texte de départ donnera un mauvais texte à l’arrivée en traduction. Normal. J’attire l’attention de mes clients sur ce point et je vois avec eux s’ils souhaitent une réécriture dans une autre langue.

    • Vous en avez de la chance Nathalie! Si je devais faire remarquer à mes clients que leur texte est mal écrit avant chaque traduction, je serais fâchée avec la pluspart.

  • Article très intéressant, bien que ce ne soit « que » du bon sens, il est agréable de le voir écrit noir sur blanc. Le bon sens humain devient tellement rare.
    J’ai relevé quelques petits soucis d’ordre mathématique en ce qui concerne les exemples de tarification, ce qui risque de rendre le lecteur confus:

    > les traducteurs qui commencent une conversation téléphonique en demandant 0,30 centimes le mot (…)

    0.30 centimes au mot (moins d’1/3 de centime!), c’est un tarif incroyablement bas (sous nos latitudes en tout cas).

    > si vous commencez à 0,6 centimes au lieu de 0,14, vous restez à 0,6 centimes pendant des années.

    Travailler à 0.6 centimes au lieu de 0.14 est plus de 4x plus intéressant. Bref, je suppose que le « 0. » est simplement en trop. 🙂

    Très cordialement,
    Monika

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