Les normes de qualité en traduction : quelle garantie ?

Traducteur, c’est un vrai métier. Pour preuve, il existe des diplômes et formations spécifiques, des associations professionnelles, des concours officiels et, même, des normes de qualité.

La norme EN 15038 a été homologuée en août 2006. Elle a pour objet « d’établir les exigences relatives à la prestation de services de qualité de la part des prestataires de services de traduction  » et met l’accent sur l’assurance qualité et la traçabilité.

Elle décrit les compétences professionnelles et les ressources techniques requises par chacune des parties prenant part au processus de traduction (traducteur, réviseur, relecteur-expert, chef de projet) et les procédures applicables aux services de traduction.

Il faut bien évidemment que chaque PST (prestataire de services de traduction) produise une documentation qui établit de quelle façon il assure la mise en œuvre des procédures obligatoires.

La norme est très exhaustive et couvre tous les aspects de façon claire  : on y retrouve d’une part les concepts et méthodes étudiés lors des formations diplômantes en traduction, d’autre part les normes de déontologie auxquelles sont soumis les adhérents des différentes associations de traducteurs, et en règle générale, les exigences de qualité communes à toutes les prestations de service.

Elle peut être appliquée par tout traducteur, car nous avons tous appris à garder séparés nos documents sources, cibles à relire et cibles finaux, à faire des recherches et à garder les documents de référence de chaque client, à établir un guide de style, un glossaire, un cahier des charges, un devis et une facture, n’est-ce pas ? Surtout qu’il faut avoir entre 2 (si l’on a obtenu une formation universitaire dans le domaine) et 5 ans d’expérience pour être conforme à la norme.

Cependant, il n’existe pas de certification pour cette norme : lorsqu’elle a été publiée, il était effectivement prévu de développer une marque NF, mais cela ne s’est pas fait.

C’est en remarquant cette lacune que la Chambre Nationale des Entreprises de Traduction, qui avait participé à l’élaboration de la NF 15038, a décidé de créer CERTITRAD, son propre référentiel de « Qualité de services des entreprises de traduction ». Selon la CNET, ce nouveau standard naît d’une « démarche résolument orientée client », ce qui est une grande nouveauté, puisqu’il est connu que les prestataires de traduction jusque-là appliquaient des procédures d’assurance qualité juste par maniaquerie. Les membres de la CNET affirment ajouter à leur objectif des garanties de « réactivité, de fiabilité, de confidentialité, de professionnalisme et, bien sûr, de qualité de prestation », mais ces éléments sont déjà contemplés par la norme sur la prestation de services de traduction. Quelle est donc l’utilité d’un deuxième standard ? Aucune, si ce n’est pour ce petit mot qui fait la différence : entreprise. En effet, leur référentiel reprend tous les éléments de la norme 15038 (qui s’applique aux « prestataires », donc aussi bien aux free-lance qu’aux cabinets et aux agences) mais y ajoute certains éléments qui ne peuvent être offerts que par une « entreprise ». Par exemple, le fait d’avoir au moins un salarié (et au moins un « vrai » traducteur) et des bureaux commerciaux propres. Il est aussi fait état de « fiches » par traducteur (les CV ! Quelle idée originale !) et d’un processus de sélection des sous-traitants standardisé (les fameux « tests » de traduction)[1]. Il en résulte que, même si un traducteur en profession libérale applique toutes les procédures NF 15038 (par exemple en travaillant en binôme avec un confrère), il ne pourra jamais obtenir de certification.

Il y a un seul élément qui est directement lié à la qualité et qui n’est jamais cité dans les procédures de certification : le prix. On a beau faire passer des tests, promettre des merveilles aux clients et communiquer sur ses performances, lorsque l’on propose aux sous-traitants un tarif correspondant à la moitié du prix moyen demandé, on finit inévitablement par travailler avec des personnes démotivées, qui vont bâcler le travail et qui sauteront sur la première occasion pour vous abandonner. C’est d’ailleurs pour cette raison que très peu d’entreprises de traduction proposent de former une équipe de traducteurs dédiés pour chaque client : la plupart des agences sont toujours à la recherche d’un traducteur moins cher et la transparence serait un handicap majeur dans ce type de stratégie.

D’autre part, que ce soit pour la NF EN 15308 ou pour CERTITRAD, nous savons tous que le fait d’avoir obtenu la certification ne veut pas dire que l’on applique le processus à chaque demande de traduction. Comme dit le docteur House « tout le monde ment ».

C’est pour cela qu’au final, pour choisir votre prestataire, vous pouvez demander à consulter ses Conditions Générales de Vente et la Méthodologie, vous pouvez faire passer des tests qui seront relus en interne pas votre commercial qui voulait être romancier ou par votre ingénieur le plus pointilleux, mais le secret de toute relation heureuse, dans le commerce comme dans la vie, c’est la confiance.


[1]             Nous parlerons de cette dernière pratique dans le prochain billet « À quoi servent les tests de traduction ? »

3 comments

  • Paul Muraille

    Je vous rejoins tout à fait quant à votre dénonciation de la tentative de détournement de la norme ISO au profit des entreprises (ce débat avait déjà eu lieu il y a quelques années lors de l’adoption de la norme). On pourrait ajouter que la norme elle-même pèche par un gros défaut (à l’instar des autres normes ISO du même acabit applicables dans d’autres secteurs) : elle garantit la qualité par le respect de procédures (forme) et ne garantit en rien la qualité traductive (fond). À la lecture de votre billet, je ne peux manquer, toutefois, d’éprouver un léger malaise, quand vous procédez à un glissement de votre opinion sur la certification à un jugement de vos concurrents : le propos est ici bien maladroit qui, malgré une précaution oratoire de bon aloi (« à notre connaissance »), dénigre vos concurrents et néanmoins confrères sans preuve, ni justification aucune. C’est dommage, car le procédé déforce votre plaidoyer contre la certification CNET. Bien sûr qu’il existe des entreprises qui n’ont l’œil rivé que sur la grille tarifaire et la profitabilité à courte vue, mais à la mienne de connaissance (je ne suis pas une de ces entreprises), il est des entreprises autres que la vôtre qui font leur métier dans une optique semblable à la vôtre. Il aurait été plus prudent d’écrire qu’à votre connaissance « bon nombre d’entreprises » etc., cela vous éviterait le risque d’un effet boomerang bien connu en techniques de vente, à savoir que ‘Qui discrédite les autres risque de se discréditer soi-même’ (voyez par ex. la règle d’or n° 11 de l’Agence pour la création d’entreprise, http://www.apce.com/pid6110/conclure-une-vente.html#11). Tout cela étant dit, merci quand même pour vos billets, je ne manquerai pas de ranger le péché véniel susmentionné dans la catégorie des erreurs de jeunesse liées à l’enthousiasme avec lequel vous exercez votre métier (et au dépit de voir que d’autres, uniquement motivés par des considérations bien moins nobles, parviennent à duper leurs clients et à salir la profession dans son ensemble).

    • Merci de vos commentaires et de votre sincérité Pierre. Vous avez raison, je me suis sentie aussi mal à l’aise en écrivant cette phrase mais je ne voyais pas comment la reformuler (il faut dire que je pensais à certains concurrents sans scrupules et je me suis laissé tenter par leur jeu). J’ai modifié le paragraphe en m’inspirant de vos critiques. Peut-être vais-je proposer aux petites agences que je trouve super d’écrire le prochain billet ensemble 😉

  • Paul Muraille

    All is well that ends well 😉

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