Le polyglotte

Il arrive parfois qu’un de nos devis soit refusé car le client décide de « traiter en interne » une traduction.

Mis à part le fait qu’un traducteur est une figure professionnelle à part entière qui ne saurait être remplacée que par un autre traducteur, ce choix trahit en premier lieu une mauvaise gestion des ressources humaines.

Les traductions sont donc attribuées à un employé étranger qui est censé, de par sa seule nature exotique, être doté d’excellentes capacités rédactionnelles et d’une orthographe sans faille dans sa langue maternelle.

Or, nous savons tous que le seul fait d’être né dans un pays et d’avoir fait des études supérieures ne garantit pas de savoir écrire. Le français, l’allemand, l’espagnol, mais aussi l’italien et l’anglais sont des langues qui sont souvent martyrisées par les cadres en entreprise. Pourquoi donc faire confiance à quelqu’un qui n’a pas fait d’études littéraires pour une traduction ? Vous aurez remarqué que j’ai parlé d’études littéraires. En effet, vous pouvez être plus ou moins sûr qu’une personne s’exprimera convenablement dans sa langue maternelle si elle a fait des études littéraires (reste à savoir si cette personne sera capable de comprendre et de rendre sans lourdeurs le message de la langue source), alors que si cette personne a, par exemple, une licence en langue, je mets ma main au feu qu’elle sera incapable de traduire correctement ne serait-ce qu’un communiqué de trois lignes.

À titre d’exemple, même le présent billet, que j’ai rédigé en français, a été relu par ma collègue Laura, traductrice francophone, et je me garde bien de le traduire moi-même en anglais (merci Jazz !). Pourtant, je suis traductrice, et bilingue de surcroît.

Admettons toutefois qu’il y ait dans votre entreprise un bilingue parfait avec une plume digne de Balzac, de Shakespeare ou de Goethe : la traduction n’est sûrement pas incluse dans sa description de poste. Vous obligez donc une personne qui est censée se concentrer sur d’autres objectifs à consacrer de l’énergie à une tâche pour laquelle elle ne va pas être évaluée et qui l’empêche de faire son véritable travail. Il faut beaucoup de temps pour faire une bonne traduction, et encore plus lorsque ce n’est pas son métier. Ce pauvre directeur du marketing, webmaster, ingénieur, commercial ou secrétaire, va forcément se débarrasser au plus vite d’une tâche compliquée, qui de toute façon ne sera vérifiée par personne (puisque s’il y avait quelqu’un capable d’évaluer la qualité d’une traduction dans l’entreprise, le travail serait confié à un traducteur, et pas au premier polyglotte disponible). Le résultat sera bâclé, non seulement parce qu’il faut des années d’études et d’expérience pour arriver à une bonne traduction, mais également parce que, vu que le premier venu est censé savoir s’en acquitter, la traduction sera considérée et traitée comme une tâche mineure.

Voici comment la communication, qui est au centre des préoccupations et du budget de l’entreprise, se retrouve à la dernière place du plan de développement dès que la cible passe la frontière.

Pensez-vous toujours avoir fait le bon choix en décidant de vous débrouiller tout seuls ?

3 comments

  • Une réalité effectivement très répandue, d’autant plus vraie en temps de crise. Il s’agit pourtant d’un travail à part entière qui ne devrait pas être confié à un collaborateur si ce n’est pas dans ses attributions.

  • ALBERTO PEON

    Et pourtant, des nombreux cadres savent lire et écrire très correctement dans sa langue d’origine, et même dans d’autres langues, apportant de surcroît la valeur ajoutée de connaître parfaitement les moindres nuances sémantiques d’un texte dont les significations sont parfois très spécifiques. En revanche, il est indéniable que la traduction en interne represente un détournement peu efficient des ressources de l’organisation. La clé d’une traduction réussie est la sélection d’un traducteur approprié, et non forcement la sélection d’un traducteur avec des études littéraires.

    • Vous avez raison Alberto, lorsque c’est le cas, ce sont les cadres qui relisent les traductions ou répondent aux questions de glossaire. Je prenais l’exemple d’un employé ayant fait des études littéraires, pas d’un traducteur, qui peut avoir une formation non littéraire (souvent il s’agit de personnes ayant une spécialisation dans un domaine scientifique et la passion des langues, qu’ils ont étudiées aussi).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *